C’est un contact au Québec qui m’a mis en relation avec Jean, un véritable maître dominateur, qui propose ses services aux femmes qui le désirent. De passage à Montréal, je prends donc rendez-vous avec lui, dans son propre donjon. Je sais bien que ma chère Indiana adore me voir traîner dans le milieu BDSM. Au final, je me demande si je ne devrais pas lui coller une fessée pour la peine.

couple dominateur

Mais, trêve de plaisanterie, j’arrive dans une zone résidentielle de Montréal, où m’attendent Jean et Cathy, sa femme. Jean est un grand type, très baraqué. Il aurait une allure joviale s’il n’avait pas revêtu sa tenue de maître dominateur. Cathy, quant à elle, est une canadienne anglophone. Elle aussi est habillée à la mode sadomaso. Il s’agit là d’une très belle femme, qui doit avoir une petite quarantaine. Ils me font entrer dans le donjon, pour une interview qui s’avérera, je l’espère, très enrichissante.

NDLR : les images sont des illustrations offertes par Kink

Rencontre avec un couple dominateur

Dan – Depuis combien de temps pratiquez-vous le BDSM ?

Jean – Pour ma part, le calcul est vite fait. J’ai aujourd’hui 50 ans. J’en avais 30 quand j’ai commencé. Et pour Cathy, cela fait 15 ans à peu près, puisque nous nous sommes connus à cette époque là.

D – C’est ta soumise ?

J – Non, Cathy est mon assistante. Elle ne subit jamais aucun sévices. Surtout, elle n’obéit pas à des ordres. Elle fait absolument ce qu’elle veut. Et je me dois de lui montrer le respect qui lui est du.

Cathy – Je ne suis pas masochiste. En fait, je suis une vraie dominatrice. Mais c’est Jean qui dirige. Je suis là pour l’assister, mettre en sécurité les soumises. Mais mon plaisir provient de la domination. J’ai rencontré Jean dans un club BDSM, à New York. A l’époque, je pensais pouvoir devenir une soumise. Contrairement à mon petit ami d’alors, Jean s’est tout de suite aperçu que ce n’était pas le cas. Il pratiquait le shibari sur une jeune femme. Il m’a demandé de l’assister. Ce que j’ai fait. J’ai tout de suite adoré.

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D – Et vous êtes tombés amoureux ?

C- Exactement. J’ai été fasciné par son art du BDSM. Il connaissait déjà toutes les techniques. Il était capable d’infiniment de patience avec les soumises. Déjà, à cette période, Jean représentait un modèle pour beaucoup de gens dans le milieu sadomasochiste.

J – J’en connaissais bien moins qu’aujourd’hui. Dans les pratiques SM, on apprend presque à chaque séance. Chaque soumise présente des caractéristiques très différentes. Elles n’ont pas les mêmes limites, certaines douleurs leur sont plus ou moins supportables. Un dominateur se doit de progresser, à chaque fois.

Comment devient-on maître dominateur ?

D – Tu as commencé tout seul. Comment cela est-il arrivé ?

J – Je crois qu’on naît dominateur. Ou peut-être quelque chose se produit-il à l’adolescence. Mais, pour ma part, je n’ai pas de traumatismes à déclarer (il sourit). Un jour, une équipe de psychologues a voulu m’analyser. Ils ont conclu que j’étais un homme sain d’esprit. Pourtant, j’ai toujours eu ce fantasme . Et puis, un jour, j’ai vu une séance de shibari. Un homme a saucissonné une femme avec des liens. Toutes ses formes, ses seins, ses fesses, ressortaient avec une force esthétique incroyable. J’ai eu la révélation.

D – Tu as donc appris le shibari ?

J – J’ai suivi un stage. On m’a appris à mettre en valeur le corps d’une femme, quel qu’il soit, grâce aux cordages. Mais on m’a aussi éloigné de la pratique sadomasochiste. Le professeur considérait qu’il s’agissait d’une coopération entre un modèle et un artiste. Je ne souscris pas entièrement à cette thèse. Mais je considère que d’y avoir été confronté m’a beaucoup appris, en plus de la simple technique.

shibari

D – Tu ne pratiquais pas que le shibari ?

J – J’ai beaucoup lu sur d’autres techniques. Très vite, j’ai maîtrisé la cire chaude, ce qui n’est pas aussi évident qu’il y paraît. Il faut éviter les brûlures graves. Puis, j’ai développé d’autres techniques. D’abord, j’ai commencé par les pinces, ce qui reste relativement aisé. Par contre, tout ce qui relève de la suffocation exige une grande précision. Aujourd’hui, Cathy m’aide énormément pour ces pratiques un peu risquées.

Une rencontre très BDSM ?

D – Justement, quel est le rôle de Cathy ?

C – Pour l’essentiel, je m’assure de la sécurité des soumises. C’est mon premier rôle, et je te prie de croire que cela me tient très à cœur. Dans le civil, je suis infirmière. J’ai à ma disposition des instruments qui me permettent de vérifier que tout va bien.

J – Il y a ça, bien entendu. Mais Cathy joue aussi un rôle très symbolique. Tu le croiras ou non, mais certaines aspirantes refusent qu’une femme participe à la séance. En tout état de cause, cela limite les pratiques possibles. Mais ce que je trouve le plus intéressant, c’est que certaines femmes se montrent prêtes à s’offrir corps et âme à un homme, mais pas devant une autre femme. La seule présence de Cathy correspond à une torture en soi, pour certaines soumises. C’est tout l’intérêt d’être un couple dominateur.

D – Cathy, tu n’es jamais jalouse ?

C – Non, il n’y a pas de sexe vanille dans les séances. Nous ne sommes pas libertins.

D – Revenons sur votre rencontre, si vous voulez bien

C – Mis à part le lieu de notre première rencontre, il n’y a pas grand chose à en dire. Rien que de très classique : il m’a invité au restaurant, puis au théâtre. Et voilà, nous sommes tombés amoureux. Comme n’importe qui.

J – Premièrement, nous avons une vie parfaitement rangée, avec un boulot, des enfants, des amis, en dehors du sadomasochisme. Deuxièmement, notre sexualité de couple est tout ce qu’il y a de plus classique. Nos expériences BDSM n’en constituent que le piment.

Les soumises

D – A ce sujet, comment recrutez-vous les soumises ?

C – Il n’y a rien à faire. Les gens nous connaissent, dans le milieu sadomaso. Jean est une sommité, dans le genre ! On doit plutôt refuser certaines postulantes.

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J – J’ai un peu galéré, au départ. Mais, à vrai dire, pas tant que ça : très vite, j’ai eu ma première soumise. Et elle m’a fait de la pub, si j’ose dire. Maintenant, le fait que Cathy soit mon assistante met en confiance les femmes. Celles qui en ont envie – ou plutôt qui en rêvent depuis longtemps – savent vite où me trouver. Tout part du respect : je suis dominateur, certes, je suis exigeant et souvent cruel, mais je respecte profondément ces femmes qui osent aller au bout de leurs désirs.

C – Et puis, il y a eu 50 Shades of Grey. On a eu une vraie recrudescence des candidatures. Même si ça n’a pas plu à Jean.

D – Pourquoi ?

J – Nous avons connu des moments difficiles, quand le livre, puis le film, sont sortis. Des dizaines de journalistes un peu crétins voulaient nous interviewer. Et ce qui ressortait de leurs articles relevait plus de la fiction que de la réalité. Alors, des dizaines de nanas se sont dit que le BDSM était cool, tendance. Il a fallu faire un sacré tri.

C – Je me souviens que certains venaient avec leur propre matériel, qu’elles avaient acheté dans un magasin de bricolage ! Ça avait le don d’exaspérer Jean.

Le donjon d’un dominateur

D – Le matériel de bricolage, c’est une mauvaise idée ?

J – Je trouve que c’est une très mauvaise idée, pour deux raisons. D’abord, il s’agit d’esthétique. On ne peut séparer la sadomasochisme de sa dimension esthétique. C’est aussi simple que ça. Ensuite, et c’est encore plus important, je dispose d’un matériel conçu pour le BDSM. En dehors de ça, je ne peux assurer la sécurité des soumises.

C – Je confirme : c’est très dangereux. Les gens essaient des choses on ne peut plus risquées. Rien que les pinces : nous avons des pinces qui sont réglées et conçues pour ne pas blesser. Quand j’en vois certaines qui essaient avec des pièges à souris…

J – Par contre, et sans faire de pub, le matériel produit sous la licence « 50 nuances de Grey » est plutôt bon, en tout cas pour des débutants.

D – Je regarde votre donjon, il y en a pour beaucoup d’argent, non ?

J – C’est une collection que j’ai amassé au fur et à mesure. Les journalistes pensent que nous ne voulons pas dire où nous habitons pour des questions d’intimité. Même si c’est un peu vrai, c’est surtout que nous ne voulons pas attirer les cambrioleurs.

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C'est un contact au Québec qui m'a mis en relation avec Jean, un véritable maître dominateur, qui propose ses services aux femmes qui le désirent. De passage à Montréal, je prends donc rendez-vous avec lui, dans son propre donjon. Je sais bien que ma chère Indiana adore me voir...