A l’époque de la sortie du livre Cinquante Nuances de Grey, on a tellement glosé sur la démocratisation du BDSM que j’ai voulu rencontrer un couple sadomaso soft, dont on a fait les gorges chaudes dans la presse généraliste. En vain. Il a fallu que j’assiste finalement à une soirée BDSM en club pour trouver enfin un couple qui correspondait quelque peu à ce profil.

BDSM soft

Ils avaient l’air plutôt timides. Madame avait revêtu une tenue de domina assez provocante. Monsieur se tenait tranquillement assis à ses pieds, manifestement soumis. Ils ne se mêlaient pas aux autres adeptes, ni même aux curieux. Finalement, le couple a offert à tout le monde une démonstration de dressage masculin. Monsieur a terminé les fesses rougies, sous les applaudissements nourris de ces dames. J’ai décidé d’aller ensuite à leur rencontre. Et un rendez-vous a été fixé pour une interview.

Cinquante Nuances de Grey

Selena – Comment avez-vous découvert le sadomasochisme ?

Lydie – A vrai dire, j’ai un peu honte. Tout est parti, pour nous, du succès du livre 50 Shades of Grey. Je l’ai lu. J’ai trouvé ça sympa, mais sans plus. Ce n’est pas très bien écrit. Mais ça a titillé quelque chose dans mon imagination. Et puis, le succès s’est développé. La télé a commencé à parler d’un phénomène. Quand on a vu un reportage un peu bidon sur la démocratisation du SM, on en a parlé ensemble.

Greg – Moi, je n’étais pas partant du tout. Je n’ai pas lu le livre. Je préfère des trucs de meilleure qualité (ils rigolent). J’avais lu Histoire d’O, il y a longtemps, mais de là à passer à l’acte !

L – Bref, ce n’est pas tellement le livre en soi qui m’a donné envie. C’est le fait de me dire que c’était devenu presque normal, ou commun. Je me suis sentie autorisée à évoquer le sujet en couple. C’est d’une banalité affligeante, j’en ai conscience. Mais c’est comme ça que ça s’est passé.

S – Donc tu en as parlé à Greg ?

L – Pas vraiment, en fait. Bon, on va rentrer dans les détails de notre vie sexuelle (elle semble gênée). Greg me prenait en levrette, de façon tout à fait vanille. Je lui ai réclamé des claques sur les fesses. Ce n’était pas la première fois. De temps en temps, il me mettait quelques petites claques, juste pour rire. Mais là, je lui ai demandé d’aller plus fort.

G – Plus je claquais, plus elle disait : « plus fort, plus fort ! ». Je me suis pris au jeu. Elle a fini avec le cul tout rouge. Et on a vraiment pris beaucoup de plaisir ce jour-là.

Couple sadomaso « réciproque »

S- Dans votre couple, c’est donc madame la soumise ?

G – Ah non !

L – C’est plus compliqué que ça. En fait, nous sommes un couple « réversible », comme on dit dans le jargon BDSM. Une fois c’est lui le maître et moi la soumise. L’autre fois, c’est l’inverse : je suis la domina et Greg le soumis.

G – On a toujours fait comme ça. Je sais qu’il y a des couples où les rôles sont figés. Ce n’est pas notre cas.

sadomaso hardcore

S- Donc, après cette levrette claquée… racontez-moi

L – Nous discutons beaucoup, au sein de notre couple. Nous avons parlé de ce moment. Je lui ai dit que ça m’avait plu. Et à lui aussi. On a commencé à expérimenter des choses. C’était plutôt soft à l’époque. Et, au fur et à mesure, on a commencé à s’équiper. D’abord, dans les magasins de bricolage, comme dans le livre. Puis, on a commandé des articles dans des boutiques BDSM en ligne.

G – Lydie aime bien les fessées, la cire chaude, les pinces. Elle apprécie de ressentir une certaine douleur. Chez moi, c’est plus une sorte d’humiliation. J’aime être attaché. J’aime qu’elle m’utilise sexuellement.

S- Vous pratiquez le sexe « vanille » pendant vos séances ?

G – Oui, la plupart du temps. Mais on a aussi une sexualité en dehors du sadomaso. Je tiens à le préciser.

Du SM soft au hardcore

S- Vous dîtes que vous êtes passés du soft au hard. Comment cela se passe t-il ?

L – Très progressivement : on commence par un fessée. Puis on met des pinces. On expérimente la cire chaude. On achète des martinets, des paddles, des systèmes de liens. Aujourd’hui, nous pratiquons un BDSM que je qualifierais de hardcore. Pas extrême, dans la mesure où nous posons des limites, mais hardcore.

G – Le fait que ce soit réciproque génère naturellement des limites, je pense. Si je vais trop loin, je sais qu’elle peut faire de même. C’est une question de confiance.


S- Vous fréquentez le milieu BDSM ?

L – Non, jamais. Enfin… Quand tu nous a vus dans ce club échangiste, nous avions décidé que Greg serait humilié publiquement. Mais ce n’est pas notre truc. Nous l’avons fait, c’est bien. Mais on préfère largement rester entre nous. Nous ne sommes pas échangistes, ou quoi que ce soit dans le genre.

G – De mon côté, j’ai apprécié le dressage public. Mais comme dit Lydie, c’était bien de le faire une fois.

Un couple complice

S- Quel regard vous portez sur le reste de la soirée, dans ce club ?

L – Je n’ai pas aimé.

G – On a pu voir d’autres couples pratiquer le BDSM. Mais ça ne nous a pas spécialement inspirés. Comme on te l’a dit, nous ne sommes pas échangistes. Nous ne sommes pas exhibitionnistes non plus. Donc on est aussi bien chez nous. Et entre nous.

S- Vous semblez très complices…

L – Ça me semble indispensable, dans les pratiques BDSM. Il faut ressentir ce que le soumis ou la soumise ressent. Savoir si ce qu’on lui inflige lui fait du bien à travers le mal. Savoir si on approche des limites. Nous avons toujours été un couple très lié. Je veux dire, sans jeu de mots (elle se marre). Le sadomasochisme a renforcé notre complicité.

S- La réciprocité doit y être pour beaucoup

G – Personnellement, je ne conçois pas d’être un homme soumis à sa femme. Et je trouverais insupportable de soumettre ma femme. Je ne juge pas ceux qui le font. Chez nous, la réciprocité est indispensable au couple, dans tous les domaines de la vie. Y compris dans le sadomaso.

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